Le goût de l’autre

Dans le train,  après avoir encore une fois sur le quai, repensé à ceux qui avaient déraillé malgré tout ton zèle à d’ordinaire, garantir de toute ta supervision de process maîtrisés, leur bonne circulation…j’ai parlé presque sans haine de toi ce jour, moi devant ce même concentré de douceur offert, que probablement incontestablement  tu dégustais toi dans le train, retour d’un de tes trips collégiaux à Panam…écoutant un quadra aux yeux verts me raconter dans le détail comment sa femme à laquelle il avait tout donné se révélait la pire des ingrates après 30 ans d’union et deux enfants (la pire des chiennes? oui, aussi, semble-t-il/ pas d’issue, ce sont toujours les pires qui obtiennent le meilleur – et le conservent, longtemps, force est de le constater).

J’ai évoqué la possibilité – impalpable- de revenir vers toi. Pour ce que tu es, enfin ce qu’il reste d’objectivement …intéressant au tréfonds de ce que tu es.

Ce que je ne disais pas en ne touchant pas à ce gâteau, tendre et riche et sucré bien à l’abri dans son emballage individuel (appréciez le choix des qualificatfs, of course), c’est que surtout je veux voudrais te dire sussurer que je t’ai survécu. L’ énoncer avecun calme absolu, ironique, plutôt, et à elle, plutôt. Oh oui. Toi, l’infâme femme. Tu permets, nous sommes si lointainement proches, j’ai encore son goût sur les lèvres: je peux donc te tutoyer…

Le 1er mai, jour de la trève laborieuse (parce qu’il y en a eu de l’entrée en travail, douloureuse dilatation, torsion des viscères, explusion charnelle de ce qui ne pouvait plus vivre en moi, plus ainsi du moins, sauf à me tuer – encore, et encore), me paraîtrait opportun, et judicieux, et tout bonnement parfait.

En cause à cette subite capacité admirable? Pas toi. Certainement pas toi, qui n’a rien fait de secourable pour moi de toute ton aptitude à gérer l’urgence vitale pour les autres (j’aimerais bien voir ça…), à jouer les bay-watchers sans peur et hyper-compétent, à réanimer même les noyés aux abords des côtes dangereuses…Sans doute (déformation culturelle) les sauveteurs émérites n’assument-ils pas cette contradiction- de causer la perte / et du coup, se taisent /mutisme absolu, loi du silence dans laquelle tu n’as eu d’autre courage  affectif que de me laisser, à ma décomposition lente, objet balloté aux aléas de la houle/ au beau milieu de l’océan (déjà dit, mais bis,  ad lib, ce fût on ne peut plus vrai) – ça te rappelle quelque chose, quelque chose que tu rapportais de ton oeil d’observateur érudit, en ce temps-là? Quelque chose que tu me confiais en riant dans notre ébriété intime, celle qui te faisait t’interrompre pour lâcher, pulsionnel “j’aime bien quand on est comme ça”… oui, moi aussi…ça me rappelle quelque chose, un drame dit-on dans le métier, l’un des plus meurtriers de votre grande famille téméraire…un équipage, bénévole, pas assuré, envoyé parce qu’il y avait d’autres intérêts, personnels, capitalistes, en jeu,  pourrait-on dire/ bilan: tous morts et les survivants se retrouvant à pleurer, raclés comme des coquilles vides, sans aucune ressource. Quelle aide exceptionnelle de la part de l’état-providence “devant l’ampleur d’un tel drame” ? Que dalle, ils peuvent crever les survivants, rejoindre leurs fantômes au fond des eaux sombres de l’Aber-Wrac’h…oui, ces choses dont on refuse de parler, sur lesquelles on pose un voile convenu, ces catastrophes annoncées où l’on a sacrifié les siens (ou tout comme), ceux auxquelx on était malgré tout attaché (sic), par l’honneur, par la communauté, par ce qui fait la socialité des hommes, peut être ce qu’on peut tout simplement et hypocritement appeler l’amour, et pour une cause égoïste dont on n’avait pas anticipé l’effet retord et meurtrier – refuser de parler de ce que l’on a sacrifié, refuser de parler de ce que le vrai risque, vital, c’est à l’autre qu’on l’a fait assumer/ alors que l’autre, ce pauvre autre, on était son port d’attache, son frère, partie de son unité…celui en qui il avait confiance, putain de bordel de merde.

“Risquer sa vie, ce n’est rien quand on est seul ; mais la question change lorsqu’en son unité on contient plusieurs.”

(V. Hugo  dixit)

Tu es resté bien à l’abri, dans ton emballage. [Allégorie de l’huître, juste à point (un mois sans “r”, tu m’étonnes qu’il fût toxique, ce mollusque…à vomir toutes ses tripes, je me méfierais la prochaine fois des produits bretons frauduleux]

Mais aujourd’hui….Aujourd’hui, je peux déchirer cet anathème, je peux dévorer ce monstre, je peux le …digérer.

Je te dirais peut être, un jour, à qui je le dois – pas toi, fin de ta causalité destructrice: surtout pas toi.

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~ by myunfunnyvalentine on April 28, 2011.

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